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Récit d'un voyage au Sri Lanka

La première fois que j’ai entendu parlé du Sri Lanka, c’était quand j’étais gamin en lisant Tintin (le Lotus Bleu) lorsqu’il rentre de son périple à Shanghai. Passant par Hong-Kong et Singapour, celui-ci devait faire escale à Colombo sur l’île de Ceylan. Depuis 1935, la situation a quelque peu évolué et nous n’avons pas eu à voguer sur les mers pour nous rendre au Sri Lanka, mais un saut de quelques heures avec escale à Doha nous a permis de rallier l’île. Il y a tout de même quelque chose d’intemporel présent sur l’île comme ailleurs dans le monde ; ce sont les vestiges du colonialisme. Avant même de pouvoir l’observer, nous rencontrons notre guide et notre chauffeur et fonçons à tombeaux ouverts dans la jungle routière à bord de son bus.

Plutôt que de vous raconter les faits tels qu’ils ont été chronologiquement vécus, je souhaite raconter ce récit en abordant certaines thématiques profondément liées à un pays extraordinairement riche parsemées d’anecdotes.

Si la population du Sri Lanka peut être décrite par bon nombre de qualificatifs, c’est plutôt une image très sympathique que je garde en tête et que je souhaitais vous transmettre. Il nous est arrivé à maintes reprise de poser une question à des autochtones, notre guide et notre chauffeur compris. Que la réponse soit (a) oui, (b) non, ou (c) je ne suis pas sûr de cerner la teneur exacte de vos propos, les Sri Lankais nous répondaient par un hochement de tête caractéristique, une sorte de balancement de droite à gauche couplé d’un léger va-et-vient d’avant en arrière avec un sourire béa. Vous voyez la poupée hawaïenne posée sur le tableau de bord du chauffeur de poids lourd américain ? Alors c’est ça, vous y êtes, c’est ce même mouvement, mais uniquement la tête, le reste du corps se tenant immobile. N’y voyez là aucune moquerie, mais plutôt un amusement que nous avons pris comme un signe d’hospitalité ; nos hôtes, parfois empruntés, ne souhaitant pas nous décevoir, dodelinaient de la tête en souriant.

Il faut dire que la diversité des croyances au Sri Lanka n’a d’égal que la pléthore de divinités auxquels certains fidèles croient. Un certain esprit d’ouverture face aux étrangers est donc de mise bien que l’histoire ai témoigné de peu d’égard envers certaines populations locales (et le mot est très faible). Ces contrastes se retrouvent dans les couleurs des édifices religieux et leur localisation.

Tout le monde est le bienvenu sur ces sites sacrés, autre preuve d’une certaine ouverture d’esprit. Il y a, cependant, deux conditions: il faut se déchausser sur tout le site (parfois plusieurs kilomètres carrés) et ne pas se prendre en photo devant une statue divine. Si la seconde condition n’était pas un problème pour nous, n’étant pas des adeptes de la mode égocentrique du selfie, nous étions facilement reconnaissables à notre danse occidentale caractéristique où nos genoux montaient parfois très haut, nos pieds ne supportant que peu la chaleur et les aspérités du sol.

Pour la petite anecdote, voici un petit récit de notre ascension sur une colline qui fait face au lieu sacré de Sigiriya. Véritable citée religieuse construite autour, dans et sur une montagne, Sigiriya est un lieu absolument magnifique qui se visite en entrant par ces jardins luxuriants parsemés de nombreuses piscines dont la construction fut ordonnée par un mégalomane. Il est possible d’admirer cette montagne depuis un autre sommet qui rend hommage au site sacré. Très motivés par la perspective d’un ciel magnifique au coucher de soleil, nous nous sommes rendus au pied de cette colline quand, sorti de nulle part, un petit kiosque se tenait au milieu de la jungle afin de nous délester les poches pour que l’ascension soit plus facile. La (très) courte ascension effectuée, il nous fallait gravir quelques rochers qui nous séparaient du sommet. C’est avec mon courage bientôt légendaire que je me suis proposé comme éclaireur. Sautant de rochers en rochers tel un bouquetin, j’ai dû faire preuve d’une certaines témérité pour franchir le dernier obstacle; le bout courbé d’un gigantesque rocher plat sur lequel nous voulions nous poser. En effet, adoptant la technique de « saute, court et on verra », j’ai atteint la partie verticale de ce rocher et me suis mis à courir en la remontant. Une fois en haut j’ai pu admirer le magnifique panorama. Il me fallait redescendre pour annoncer la bonne nouvelle à ma femme et trouver une manière de transmettre cette technique de grimpe. La confiance absolue en moi, ma femme sauta sur le bout du rocher gigantesque, et, avant même de commencer à courir, dégringola, le menton en premier sur le bord du caillou. Les hurlements perçus n’annonçaient rien de bon, d’autant plus qu’après quelques investigations, il existait un autre chemin qui conduisait en haut de ce rocher, malgré ma conviction absolue que c’était la seule voie. C’est avec le menton ensanglanté que nous avons admiré ce magnifique crépuscule.

Outre les traces de la civilisation humaine à travers les millénaires, le Sri Lanka bénéficie d’une flore et d’une faune de « gros » animaux incroyablement riche. Le premier jour c’est un singe que nous apercevons, en train de déguster des fleurs posées en offrande sur un site religieux, banal vous me direz, quoique des singes, il n’y en a pas chez nous, encore moins dans nos églises (quoique…). Puis viennent les requins à pointes noires que les poissons multicolores fuient dans un décor où les coraux sont étonnamment encore bien préservés. Des troupeaux d’éléphants, hérons gardes-boeufs et guêpiers en tête, crocodiles, toucans, paons, cervidés et autres êtres vivants non identifiés, nous avons été comblé.

La possibilité d’observer la faune du Sri Lanka au travers des nombreux parcs offrent des possibilités photographiques incroyables qui restent néanmoins à des années lumières des standards africains (donc, je confirme, incroyables) malgré ce que notre guide australien clamait (le livre, hein, faut pas croire que nous avions une personne australienne qui nous servait de guide au Sri Lanka): « de véritables hordes d’éléphants dignes des plus grands safaris africains ». Si l’animal de tout un pays est bien présent, c’est le seul qui est présent en horde, d’où l’impression d’une grande densité. En Afrique, outre les éléphants, il y a les gazelles, impalas, antilopes, zèbres, gnous, boeufs, girafes et… les éléphants. Alors c’est sûr que ces derniers ressortent moins du lot noyés parmi tous ces animaux. Cela dit, et ce petit coup de gueule passé, les éléphants Sri Lankais sont présents et nombreux.

Des coraux situés à -10 m aux arbres du sommet du pic d’Adam à 2243 m d’altitude, la flore offre une grande diversité et nous comprenons très bien pourquoi le Sri Lanka est devenu un lieu touristique célèbre offrant tout - oui tout - sur une seule île dont on fait aisément le tour en deux semaines de vacances.

Outre le fait de s’en être mis plein la vue, nous avons passé des moments un peu curieux. Comme cette matinée où nous avons chargé tous nos bagages et garder sur nous que nos porte-monnaies. C’est avec une grande surprise que nous avons constaté la disparition du bus de notre guide après avoir mangé, juste avant de partir à l’heure du rendez-vous avec ce dernier. Dans un grand moment de panique, nous avons mobilisé le personnel de l’hôtel en leur demandant de l’aide. Une heure plus tard, notre guide et notre chauffeur étaient revenus ; ils avaient changé un pneu et étaient surpris de toute cette agitation. Ouf, nous avons cru nos aventures terminées dès le troisième jour.

Parmi ces moments curieux, il y a ceux qui sont passés chaque soir lorsque ma femme ne se sentait pas bien et ne voulait rien manger de tous ces bons mets locaux. Maux de ventre douloureux, nausées… elle a commandé des pâtes sans sauce lors d’un diner. Le serveur perplexe a dodeliné de la tête en demandant avec un sourire jusqu’aux oreilles : "des pâtes, mais sans sauce ? avec rien, pas de sauce ?" Incrédule, il s’est exécuté et des pâtes sans sauce sont venus faire face à un menu d’une dizaine de plats locaux différents. Au retour, dans l’avion, quelque part au dessus de l’Arabie Saoudite ou de l’Irak, ma femme me regarde et me dit : "il faut que je sorte, je me sens mal…". Partagé entre l’envie de lui dire que l’on est dans un avion et que, bien qu’il y ait des hublots, ceux-ci ne s’ouvrent pas, et, la nécessité de lui préciser que ce n’est peut-être pas le bon endroit pour sortir, car, quand bien même elle survivrait à une chute de quelques milliers de pieds, les pays d’en bas ne sont pas parmi les plus accueillant envers les femmes souhaitant s’habiller autrement que leurs standards. De retour à notre domicile, après un passage à la pharmacie, nous apprenions que nous allions être parents…

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Sébastien Sollberger
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