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35 mm ou rien

Immersion du 35 mm35 mm à f/1.4, 1/250s et 200 ISO.

Mon changement de statut social m’a obligé à revoir ma pratique de la photo dans le choix de mes sujets ainsi que du matériel utilisé. J’ai souhaité vous décrire ici le raisonnement qui a conduit à une utilisation des plus intensives d’un objectif que je ne possédais pas avant de renouveler mon matériel : le 35 mm f/1.4. Mais avant d’en parler, il convient d’expliquer ce que ces nombres et lettres signifient. 35 mm est la distance focale en millimètre de l’objectif. Très simplement, plus ce nombre est élevé, plus le sujet va paraître prêt dans le viseur, donc plus il sera grand sur l’image. Ainsi, traditionnellement, un photographe animalier va se servir de longues focales (>200 mm) tandis qu’un photographe de paysages aura tendance à utiliser des focales courtes (<35 mm). Traditionnellement, car lorsque l’on montre à nos amis les photos de nos dernières vacances, la photo de paysage obligatoire est celle de la plage, incluant palmier, ciel, mer et sable. Cette photo n'a été possible qu’en utilisant un objectif à la focale courte. Ce n’est cependant pas une règle, car de magnifiques photos de paysage peuvent être réalisée en utilisant une longue focale. Il en va de même pour la photographie animalière : tout dépend du but que l’on s’est fixé.

Photo de paysage classiqueUne vue sur le glacier d'Aletsch prise au grand angle permet de montrer la grandeur et l'environnement de ce glacier | 16 mm à f/11, 1/250s et 100 ISO.

L’écriture f/1.4 correspond à l’ouverture du diaphragme, avec 1.4 au dénominateur. Ainsi plus le résultat de ce calcul sera grand (on parle alors de grande ouverture) - donc plus le nombre indiqué est petit - plus la profondeur de champ sera réduite. Pour faire simple, la zone de netteté sera réduite en utilisant une ouverture de f/1.4, tandis qu’elle sera grande en utilisant une ouverture de f/16. On va se servir d’une grande ouverture pour mettre en valeur le sujet (principalement portrait), ainsi que dans des endroits sombres (permet de capter plus de lumière) tandis qu’une petite ouverture est plus utilisée en photo de paysages.

Photo de paysage prise avec une longue focaleLes longues focales peuvent également servir en photo de paysages. Ici, je me suis débarrassé du superflu pour ne garder que l'essentiel en cadrant serré | 70 mm à f/11, 3min et 7s et 100 ISO.

Je disais donc que, depuis que mon statut social a changé, j’utilise majoritairement le 35 mm f/1.4. Cet objectif est considéré comme spécialisé, principalement, car on ne peut pas changer la focale (35 mm), celle-ci est fixe (contrairement aux zooms). En fait, je ne suis pas d’accord avec ça. Au contraire (rires), je trouve les objectifs dédiés traditionnellement à la photo de paysages (par exemple, un 16-35 mm f/4) beaucoup plus spécialisés. Leur focale invite intuitivement à pratiquer la photo de paysages et l’ouverture maximale relativement petite les restreints dans l'utilisation en portrait-reportage.

Photo animalière "moins" classiquePour les animaux moins craintif, il est possible d'utiliser des plus courtes focales afin de les montrer dans leur environnement | 70 mm à f/2.8, 1/30s et 1600 ISO.
Photo animalièreSeul l'emploi d'un télézoom m'a permis d'être suffisamment discret pour ne pas effrayer ce jeune bouquetin. L'avantage, ici, tient dans la distance de la prise de vue | 200 mm à 2.8, 1/800s et 100 ISO.

Si, par le passé, je partais régulièrement tôt le matin ou en fin de journée faire des photos de paysages ou d’animaux, je n’ai que de rares occasions aujourd’hui (quoique j’ai pu récemment goûter à ces joies à nouveau). Lorsque j’ai renouvelé mon matériel il y a deux ans, j’ai choisi d’acheter un boitier « nu » vendu sans objectif en kit et de lui joindre un 35 mm f/1.4. J’avais anticipé le fait que je me retrouvais souvent dans des endroits sombres (fêtes de famille, événements, etc.) et que l’arrivée de ma petite puce n’allait que me pousser dans cette direction. Je me suis servi du 35 mm de manière intensive en me focalisant sur mes sujets, le cadrage, la prise de vue et l’orientation. Oui, car étant donné que la focale est fixe, je m’affranchis du geste manuel maniant la bague du zoom et je peux utiliser mes deux mains pour cadrer beaucoup plus précisément ou être plus créatif en jouant avec l’ouverture. Lorsque je prends mon appareil pour les fêtes de famille, j’aime capturer l’action et non demander aux gens de poser. Si je devais, en plus de gérer l’ouverture, le cadrage, la prise de vue et l’orientation, me concentrer sur la bague du zoom, cela deviendrait compliqué pour mon petit cerveau. Voilà donc pourquoi, je me sers de plus en plus de ce 35 mm, sans compter que le « bokeh » (flou d’arrière-plan) combiné à une légère surexposition est tout simplement magnifique.

Photo reportageUne de mes toutes premières photos prises avec le nouveau matériel. Le flou permet de se concentrer sur le sujet de la photo. La focale est suffisamment courte pour montrer l'ambiance et le contexte autour du sujet | 35 mm à f/1.4, 1/60s et 4000 ISO.
Photo de paysagePour certaines occasions, le 35 mm peut servir comme objectifs de photo de paysages. Bien que la photo soit coupée en panoramique, la distance avec le sujet est idéale pour illustrer la situation. Des gens sont venus observer le coucher du soleil et s'en vont une fois que celui-ci disparaît | 35 mm à f/16. 1/15s et 100 ISO.
Photo de reportageLe cadrage de cet effet de filé est une des clés de cette photo. En n'ayant pas eu besoin de jouer avec la bague du zoom (inexistante), j'ai pu me concentrer sur le cadrage et l'environnement. La technique consiste à utiliser un faible temps de pose et à suivre le sujet dans le sens de son déplacement, puis à déclencher | 35 mm à f/7.1, 1/25s et 100 ISO.

Fort heureusement, il m’arrive de ressortir mon 16-35 mm et mon 70-200 mm pour photographier la nature et les animaux. Cela ne se fait, cependant, que lorsque je prends le temps de fixer l’appareil sur le trépied et de tranquillement cadrer mon sujet. Je ne suis pas capable de m’exécuter à grande vitesse avec un zoom. Et, malgré tout, je constate que j’utilise énormément les deux extrémités des différentes focales, soit 16 et 35 mm pour le 16-35 mm, soit 70 ou 200 mm pour le 70-200 mm. Ce n’est que très rarement que j’utilise, par exemple, la focale de 24 mm pour le 16-35 mm ou celle de 120 mm pour le 70-200 mm. J’imagine que là est une autre des différences entre un artiste photographe ou photographe professionnel et un amateur n’ayant pas un sens artistique inné (que je suis).

Retour aux sourcesUne photo comme celle-ci a été planifiée à l'avance. Je cherchais le brouillard, le lever du soleil et l'ombre de cette montagne. Reste la chance pour m'offrir ces conditions météos parfaites | 16 mm à f/11, 30s et 100 ISO.
Château de Chillon30 mm à f/16, 1.8s et 100 ISO.
Photo prise au télézoom105 mm à f/11, 1.6s et 100 ISO.

Quoiqu’il en soit, en 35 mm comme en 200 mm, je prends toujours énormément de plaisir à appuyer sur le déclencheur de l’appareil et à chercher l’originalité dans ma pratique quotidienne.

Festival son et lumière de Morat35 mm à f/1.4, 1/125s et 100 ISO.

Sébastien Sollberger
Switzerland